Pérou : M Alberto Fujimori se déclare innocent à l’ouverture de son procès
LIMA, 10 déc 2007 (AFP) - Le procès "historique" de l’ancien président péruvien, Alberto Fujimori , qui s’est aussitôt déclaré "innocent", s’est ouvert lundi à Lima pour déterminer son rôle dans le massacre de 25 personnes perpétrés il y a quinze ans par un escadron de la mort.
M. Fujimori avait tenté durant près de sept années d’exil d’échapper à la justice péruvienne en se réfugiant en 2000 au Japon, pays dont il possède la nationalité, puis au Chili d’où il a été extradé le 22 septembre dernier.
Ne manifestant aucune émotion, Alberto Fujimori, paraissait au début très concentré, assis derrière un petit bureau, face à ses trois juges : le président de la chambre spéciale de la Cour suprême de justice, le juge Cesar San Martin, et deux autres magistrats.
"Je rejette les accusations, je suis innocent, je n’accepte pas l’accusation du procureur" a-t-il soudain lancé vivement au juge, alors que celui-çi lui demandait par oui ou par non, s’il acceptait le réquisitoire.
"Accusé Fujimori, ici c’est moi qui dirige, vous devez respecter les directives du tribunal" a tancé le juge, alors que l’accusé commencait une vaste défense de son gouvernement.
"J’ai reçu le pays en 1990, au bord de l’effondrement, mon gouvernement a défendu les droits de l’Homme de 25 millions de péruviens sans aucune exception. Si, il y a eu des faits exécrables, ce n’est pas sur mon ordre et je les condamne" a-t-il martelé.
La première audience du procès a été suspendu lundi vers 13H45 locales (18H45 GMT) parce que les médecins ont constaté que l’accusé souffrait de problèmes d’hypertension. Le procès devrait reprendre mercredi matin.
Des affrontements ont éclaté lundi après midi non loin de l’endroit où se déroulait le procès. Une quarantaine de partisans de Fujimori, la figure peinte en orange, portant une chemise de même couleur s’appelant eux-mêmes "les gardiens du Chino" (surnom de l’ex-président à cause de ses origines japonaises) se sont battus à coups de poing avec une centaine de syndicalistes de la CGTP (Confédération générale du travail du Pérou) criant "Chino assassin", "le sang versé ne sera jamais oublié".
Le procureur cherchera à prouver son implication de près ou de loin dans des violations des droits de l’homme durant son régime (1990-2000), liées à la lutte entre l’armée et la guérilla maoïste du Sentier Lumineux, qui a fait 70.000 morts et disparus.
L’ancien homme fort du Pérou, âgé de 69 ans, est jugé pour les massacres de Barrios Altos et de la Cantuta en 1991 et 1992 à Lima, au cours desquels 25 personnes furent exécutées par le groupe Colina, un escadron de la mort formé de militaires, et pour l’enlèvement et la détention du journaliste Gustavo Gorriti, alors correspondant du quotidien espagnol El Pais et d’un chef d’entreprise.
Le procureur général a réclamé trente ans de prison et 33 millions de dollars de dédomagements pour les familles des victimes.
L’ex-président est accusé d’être l’auteur intellectuel des deux massacres. Lors du premier, dans la nuit du 3 novembre 1991, 15 personnes, dont plusieurs femmes et vieillards ainsi qu’un enfant de 8 ans, furent tuées dans le quartier de Barrios Altos à Lima. Les victimes du second, quelques mois plus tard, le 18 juillet 1992, les neuf étudiants et le professeur de La Cantuta furent enlevés avant d’être exécutés sur un terrain vague d’une balle dans la nuque.
Plusieurs membres du "groupe Colina", cet escadron de la mort responsable des massacres, ont indiqué avoir obéi à des ordres "venant d’en haut".
Les audiences se déroulent dans les locaux de la direction nationale des Opérations spéciales (Diroes) à Lima où est détenu M. Fujimori depuis son extradition du Chili à la demande de la justice péruvienne, le 22 septembre dernier.
La décision du tribunal pourra faire l’objet d’un appel devant la Cour Suprême.
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