Procès Fujimori : l’ancien président péruvien risque 30 ans de prison
LIMA (AFP) - Après presque sept années d’exil , l’ex-président péruvien Alberto Fujimori comparaît en justice à Lima à partir de ce lundi —jour international des droits de l’Homme— pour répondre de violations des droits de l’Homme qui pourraient lui coûter trente ans de prison.
Le procès de M. Fujimori, qui a vécu cinq ans en exil au Japon après sa démission annoncée par fax en 2000, s’ouvre dans un climat apaisé alors que le "fujimorisme" apparaît aujourd’hui démobilisé.
Le procureur devra prouver son implication de près ou de loin dans des violations des droits de l’Homme durant son régime (1990-2000) liées au conflit entre l’armée et la guérilla maoïste du Sentier Lumineux, qui a fait 70.000 morts et disparus.
L’ancien président sera jugé pour les massacres de Barrios Altos et de la Cantuta en 1991 et 1992 à Lima, au cours desquels 25 personnes furent exécutées par un escadron de la mort formé de militaires, et pour l’enlèvement et la détention d’un journaliste et d’un chef d’entreprise liés à l’opposition.
C’est la première fois qu’un chef de l’Etat péruvien sera au banc des accusés depuis 1930 lorsque le président Augusto Leguía fut jugé pour corruption mais décéda en prison sans avoir pu écouter sa sentence.
Agé aujourd’hui de 69 ans, les cheveux grisonnants mais le sourire toujours ironique, l’ancien homme fort du Pérou, qui souffre d’une légère hypertension, affrontera le juge César San Martin de la première Chambre, un avocat qui fut révoqué le 5 avril 1992 lors de son coup d’Etat. Il sera défendu par un avocat d’origine japonaise, César Nakasaki.
Le procureur général a réclamé pour Alberto Fujimori, qui possède la double nationalité péruvienne et japonaise, trente années de prison et 33 millions de dollars de dédommagements pour les familles des victimes des deux massacres ainsi que 99.300 dollars pour les deux personnes séquestrées.
L’ex-président est accusé d’être l’auteur intellectuel de deux massacres. Lors du premier, dans la nuit du 3 novembre 1991, quinze personnes, dont plusieurs femmes et vieillards ainsi qu’un enfant de huit ans, ont été tuées dans le quartier de Barrios Altos à Lima. Les victimes du second, quelques mois plus tard, le 18 juillet 1992, ont été neuf étudiants et un professeur enlevés à L’Université de la Cantuta à Lima avant d’être exécutés dans un terrain vague d’une balle dans la nuque.
Les organisations des droits de l’Homme ont affirmé qu’aucune des personnes assassinées n’avait eu de contact avec la guérilla comme le supposaient les services secrets.
Plusieurs membres du "groupe Colina", cet escadron de la mort responsable des massacres, ont révélé qu’ils obéissaient à des ordres "venant d’en haut".
Formé de militaires, le "groupe Colina" obéissait à Vladimir Montesinos, le conseiller de Fujimori chargé des services secrets et dépendant directement de la présidence.
Les audiences du procès qui pourrait durer de neuf mois à deux ans, se dérouleront trois fois par semaine à la direction nationale des Opérations spéciales (Diroes) à Lima où est détenu M. Fujimori depuis son extradition du Chili à la demande de la justice péruvienne, le 22 septembre dernier.
La décision du tribunal pourra faire l’objet d’un appel devant la Cour Suprême.
Le procureur doit faire vite pour que M. Fujimori soit jugé avant ses 70 ans (28 juillet 2008) un âge où selon la loi péruvienne il pourrait bénéficier de réduction de peines et les purger à son domicile.
L’accusé devra répondre plus tard de cinq cas de corruption.
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